La dent du serpent

La dent du serpent

Johnson, Craig
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samedi 29 février 2020 3 étoiles

Est-ce vraiment un ange qui effectue de menus travaux chez Barbara Thomas en échange de poulet pané et de quelques Oréos ? La vieille dame en est persuadée mais le shérif Walt Longmire a un autre avis sur la question. Pour en avoir le cœur net, il va faire un tour dans la maison bénie par le ciel et tombe sur un être de chair et de sang, un adolescent maigrichon qui s'enfuit à la vitesse de la lumière. Quand il le retrouve, Walt fait la connaissance de Cord, membre répudié d'une secte, l'Eglise apostolique de l'agneau de Dieu. L'affaire pourrait être banale, il suffirait de rendre cette brebis égarée à son troupeau mais il s'avère que sa mère le recherche et que sa mère a disparu. Il n'en faut pas moins au shérif pour aller renifler du côté de cette secte qui semble sévir dans le Wyoming et le Dakota du Sud. Armés jusqu'aux dents et retranchés dans des camps plus militaires que religieux, les adorateurs de l'agneau de Dieu vont lui donner du fil à retordre et pas seulement sur le plan théologique.

Petite baisse de régime pour Craig Johnson qui s'enferre dans une intrigue longue à se mettre en place et, somme toute, très embrouillée. Ce qui partait pour être une affaire concernant une secte se transforme en enquête sur un trafic de pétrole compliquée au possible. Si l'on a plaisir à retrouver la joyeuse bande de Longmire, Vic et La Nation Cheyenne en tête, on les perd un peu dans les hautes plaines. Entre gros flingues, bagarres sanglantes, héros du Far West revenu d'entre les morts, cassette vidéo de Mon ami Flicka et secte bizarre, on patauge dans une histoire très (trop) pleine de testostérones. Heureusement, les dialogues sont toujours aussi drôles et les moments intimes entre le shérif et son adjointe laissent planer le suspense sur un futur rapprochement. Débarrassé de tous les méchants, le Wyoming sera sans doute plus accueillant dans le prochain tome...


Hôtel Adlon

Hôtel Adlon

De Philip Kerr
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vendredi 21 février 2020 5 étoiles

Berlin, 1934. Attaché à la République de Weimar et résolument anti-nazi, Bernie Gunther a quitté la police berlinoise avant d'en être chassé. Désormais, il est le détective attitré du prestigieux Hôtel Adlon, traquant le client indélicat, évitant les bagarres au bar. L'ambiance en ville est délétère, entre peur des SS et euphorie olympique. Car Berlin construit son stade en toute hâte et l'Allemagne d'Hitler pourra compter sur la présence des Etats-Unis aux Jeux maintenant qu'un comité d'experts américains a certifié que le pays n'appliquait aucunement une politique discriminatoire envers les juifs. Partisane du boycott et persuadée qu'un article bien documenté pourrait changer la donne, la journaliste, juive et communiste, Noreen Charalambides, cliente de l'Adlon et amie personnelle de la propriétaire, entraîne Bernie dans une dangereuse enquête où le cadavre d'un boxeur juif repêché dans un canal et le meurtre d'un entrepreneur allemand dans une chambre de l'hôtel pourraient être plus liés qu'on ne le pense. Conscient qu'il risque sa peau mais incapable de résister aux beaux yeux de Noreen, Bernie affronte Max Reles, un homme d'affaires américain, proche des nazis et plutôt belliqueux. Mais son histoire d'amour tourne court et Noreen repart, contrainte, aux Etats-Unis.
Quand il la revoit, vingt ans ont passé, de l'eau a coulé sous les ponts. Elle est une auteure reconnue, en villégiature dans la villa d'Hemingway pour fuir le maccarthysme et lui un nazi installé à La Havane. Encore une fois, elle sollicite son aide. Il s'agit de surveiller et de protéger sa fille Dinah, fiancée à un homme dangereux, à la tête d'un empire hôtelier et propriétaire d'un casino havanais. Et cet homme n'est autre que Max Reles.

En Allemagne ou à Cuba, Bernie Gunther trimballe son humour corrosif, son flegme et son incroyable chance qui lui permet de survivre à tout, au nazisme comme à la dictature de Batista, à l'animosité d'un mafieux de Chicago comme aux interrogatoires de la police politique. Tête brûlée mais l'instinct de survie chevillée au corps, cet homme aux mille vies nargue les puissants mais fond devant le regard de biche d'une femme fatale. Doté de l'art consommé de se fourrer dans les pires embrouilles, il a aussi la faculté de s'en dépêtrer, car il se moque des lois aléatoires et des régimes politiques, sa seule idéologie, c'est de sauver sa peau, et au passage celle de ceux qu'il estime le mériter.
Aussi à l'aise pour dépeindre Berlin sous le nazisme que La Havane des gangsters américains, Philip Kerr réussit encore une fois à mêler fiction et triste réalité dans un polar passionnant, instructif et divertissant. On ne peut résister à Bernie Gunther, son humour, son courage, et son ambiguité. Un sacré personnage !


Tu m'aimes donc, Sonyong ?

Tu m'aimes donc, Sonyong ?

Yeonsu Kim
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vendredi 21 février 2020 4 étoiles

Le jour même où il a croisé son regard, Gwangsu a aimé Sonyong. C'était il y a treize ans et il n'en revient toujours pas de la voir à son bras, en robe blanche, mariée rayonnante et heureuse. Pourtant, un grain de sable vient enrayé le déroulement de cette journée parfaite. Ou plutôt une tige d'orchidée phalaenopsis. Alors que, suivant la tradition, Sonyong lance son bouquet, son nouveau mari remarque une tige brisée. Est-ce là un mauvais présage ? le signe que ce mariage n'est pas fait pour durer ? Qu'il est aussi fragile que cette tige brisée ? le doute s'insinue, la jalousie creuse la tombe de sa tranquillité d'esprit. Sonyong l'aime-t-elle ou est-elle toujours amoureuse de Jinu ? Jinu qui plaît aux femmes, qui se targue d'être écrivain, Jinu que Sonyong aimait au temps de leurs études. Au côté de sa femme, inconsciente de ses tourments, Gwangsu subit les affres de la jalousie, analyse chaque mot, chaque geste, interprète tous les signes.

Prenant comme prétexte la descente aux enfers d'un homme jaloux, Yeonsu Kim se livre à une réflexion sur le sentiment amoureux et son corrolaire, la jalousie. Si l'amour est universel, qu'en est-il en Corée du Sud, plus précisément pour cette génération de trentenaires qui ont connu les manifestations étudiantes contre la dictature ? Perdus entre l'amour de la patrie et l'amour tout court, ils se débattent dans une société à la fois moderne et très traditionnelle. Gwangsu a raison, sa femme était très éprise de Jinu mais celui-ci était incapable de s'engager avec elle, de lui offrir même l'exclusivité. Or, une jeune fille coréenne ne conçoit une relation que dans la perspective d'un mariage, de préférence avant trente ans. Jinu, lui, est un homme désinvolte, imbu de lui-même, un peu immature. Sonyong ne l'intéresse que dans la mesure où elle est mariée. Devenue inaccessible, elle attise sa convoitise, comme un caprice. Car, ce célibataire endurci et séducteur impénitent, exècre l'institution du mariage qu'il considère comme une invention du capitalisme créée pour faire travailler les masses laborieuses. Gwansu, quant à lui, perd toute lucidité et toute confiance en sa femme et en son ami de toujours. Il boit, il vocifère, il cogite, il est rongé par une jalousie qui emporte tout sur son passage.
Bien loin du triangle amoureux classique ou de la comédie de moeurs, Yeonsu Kim parle de l'amour, du couple, du désir, du bonheur, de la vie. le ton est doux-amer, mélancolique mais sait aussi être drôle, cynique, plus léger. Une belle découverte.


Une histoire singulière à l'est du fleuve

Une histoire singulière à l'est du fleuve

De Nagaï Kafû
Traduit par Alain Nahoum
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lundi 17 février 2020 5 étoiles

C'est pour fuir le son des radios et des phonographes de ses bruyants voisins que Tadasu Ôe se rend à l'Est de la Sumida, dans les vieux quartiers populaires de Tokyo. Il vient aussi y chercher le silence et l'inspiration pour terminer son dernier roman. Un soir de pluie, O-Yuki, une prostituée des bas quartiers, s'invite sous son parapluie et il la raccompagne chez elle. L'écrivain prend alors l'habitude de lui rendre visite, heureux de retrouver chez elle un peu de la ville d'antan. Alors qu'il écrivait l'histoire d'un professeur, Taneda Junpei, marié et père de famille, embourbé dans un mariage qui ne le satisfait plus, sa rencontre avec O-Yuki lui donne l'idée de jeter son héros dans les bras de Sumiko, une prostituée avec laquelle il envisage de s'enfuir.

Une promenade nostalgique dans le Tokyo de 1936. La ville tentaculaire continue de s'étendre et de se moderniser. A l'Est de la Sumidagawa, les quartiers de banlieue résistent. Ici la crasse règne, les canaux attirent des nuées de moustiques virulents, ouvriers et prostituées vivotent bien loin des radios qui indisposent le célèbre écrivain Tadasu Ôe. La promenade est aussi clandestine. Pour déambuler dans ces bas-fonds, observer ses habitants et se fondre dans le décor, l'auteur se camoufle dans des vêtements d'homme du peuple. Quand il entame une liaison avec O-Yuki, il ne lui dit rien de sa vie et se laisse aimer par cette femme au charme suranné qui lui rappelle le Tokyo d'un autre temps.
Amoureux de sa ville et fin observateur des métamorphoses qu'elle subit, Nagaï Kafu se livre ici à une double mise en abyme. Un écrivain, Kafu, écrit l'histoire d'un écrivain, Ôe, qui écrit l'histoire d'un professeur, Taneda, tous les trois déambulant dans le quartier de Tamanoi, les deux derniers se rapprochant d'une prostituée miséreuse.
Un livre très court mais troublant, envoûtant, attachant. C'est un plaisir de suivre Kafu dans ses descriptions d'un Tokyo aujourd'hui disparu et qui, en 1936, était seulement en voie de disparition.
L'écriture de cet auteur classique est tout à fait abordable et très évocatrice, on sent la chaleur moite, on aperçoit au loin une femme en kimono se pressant sous la pluie, on explore les ruelles sombres, on rencontre les petites gens de ces quartiers oubliés. Magnifique.


Adieu, mon utérus…

Adieu, mon utérus…

Okada, Yuki
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lundi 17 février 2020 4 étoiles

A trente-trois ans, Yuki est une femme comblée. Elle adore son mari et Hinako, sa petite fille et s'épanouit dans son travail de mangaka. Bien sûr, son mari, qui dessine des mangas lui aussi, est souvent trop pris par son travail pour s'occuper de sa famille mais elle peut compter sur l'aide de sa mère, tendrement surnommée Mamounette. Ce bonheur presque parfait s'écroule le jour où Yuki, inquiète d'avoir des règles trop rapprochées, consulte son gynécologue. Très vite, le verdict tombe : cancer du col de l'utérus. Débute alors le long parcours d'une femme et d'une mère qui commence dans la stupéfaction pour finir dans la farouche volonté de vivre et de voir grandir sa fille. Entre les deux, il y aura la douleur, les larmes, l'angoisse, les questions, l'hôpital, les traitements mais aussi l'amour et le soutien de sa famille, la solidarité entre malades, l'espoir d'une guérison...

Avec courage, sensibilité et humour, Yuki Okada a traduit en mots et en dessins son combat contre le cancer. Pour exorciser cette période douloureuse de sa vie de femme mais aussi avec l'espoir d'aider d'autres malades, elle raconte toutes les émotions par lesquelles elle est passée, toutes les questions qu'elle s'est posées, toutes les angoisses qu'elle a dû combattre, mais aussi les réactions de son entourage, ma présence indéfectible de sa mère, le désarroi de son mari, l'incompréhension de sa petite fille. Pleine de joie de vivre et d'optimisme, Yuki tire aussi les leçons positives de cette épreuve : une famille plus unie que jamais et un mari qui a revu son sens des priorités. Un manga très touchant.